Va-t-elle détruire des millions d’emplois comme le prédisent beaucoup, voire l’humanité comme le craignent certains ? Va-t-elle permettre de prendre gentiment possession de notre manière de penser et de nos préférences afin de nous gouverner tous, comme en rêvent quelques seigneurs de la tech en Californie ?
Ou bien va-t-elle d’abord profondément changer notre rapport au travail, notre capacité en tant qu’êtres humains à penser et agir de manière autonome ?
Agora organisée à distance
C’est ce dernier sujet – immense – que nous avons demandé à Yann Ferguson de venir défricher avec nous. Il nous concerne tous.
Ce qui l’intéresse, l’objet de ses recherches, assises sur des investigations en entreprise depuis près de 10 ans, c’est : l’IA pourrait-elle contribuer à redonner de l’autonomie dans le travail ?
Et si c’est envisageable, possible, alors quelles conditions réunir dans les entreprises, dans les organisations de travail pour que l’IA ne devienne pas un outil d’asservissement particulièrement « intelligent » ?
Yann Ferguson dirige le LaborIA de l’INRIA, le laboratoire de référence en France sur les effets de l’IA sur l’avenir du travail. Fait unique, ce laboratoire a pu étudier près de 200 cas d’usage de l’IA dans les environnements de travail d’une douzaine de pays.
Il préside notamment le Conseil scientifique du Numérique de la DGFIP et il est expert au sein du partenariat mondial pour l’intelligence artificielle, un groupe de pays qui partagent des travaux sur les pratiques en matière d’IA responsable.
Mais dans le fond, ce qui lui importe est ce qui nous importe tous. C’est de savoir ce qu’il faudrait engager, dès maintenant, dans toutes les organisations, pour que l’IA serve les collectifs de travail. Et ne nous asservisse pas à brève échéance.
Challenger l’IA, c’est le sujet du travail de demain, nous disait Laurence Devillers dans sa récente intervention à l’UODC.
Et pour cela, concrètement, comment faire ?
L’UODC est particulièrement heureuse de recevoir Yann Ferguson sur ce sujet central, pour l'entendre, mais bien sûr comme toujours à l'UODC, pour débattre avec lui. Il intervient dans le monde entier et comme tous les grands chercheurs : il est très accessible et compréhensible. La soirée promet !
Jean Besançon
Directeur de l’UODC
L'intervenant :
Diplômé de Sciences Po Toulouse et docteur en sociologie (Université Jean Jaurès), Yann Ferguson est directeur scientifique du LaborIA, un laboratoire de recherche-action fondé par le Ministère du Travail et l’Inria (Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique) pour appréhender les effets de l'intelligence artificielle sur l’emploi, le travail et les organisations. Dédiés à l’accompagnement des politiques publiques, ses travaux s’intéressent aux situations de travail qui intègrent l’IA autour de plusieurs enjeux : la transformation des métiers, les conditions de travail, le management, l’inclusion, le dialogue social.
Nourries par de nombreuses collaborations avec des ministères, des collectivités et des industriels, les travaux de Yann Ferguson portent sur les relations entre les travailleurs et les applications de l’intelligence artificielle. Il cherche notamment à comprendre les transformations organisationnelles, professionnelles, sociales et éthiques que l’IA pourrait engager. Il a pu étudier près de 200 cas d’usage de l’IA dans les environnements de travail d’une douzaine de pays.
Yann Ferguson est également expert au sein du Partenariat mondial pour l’intelligence artificielle, un groupe de pays qui partagent des travaux sur les pratiques en matière d’IA responsable, président du Conseil scientifique du Numérique de la DGFIP et directeur scientifique de la Chaire Macif « IA: pour un futur du travail désirable ».
Lauréat 2018 de la Fondation des Sciences Sociales pour ses travaux sur les effets pressentis de l’IA sur le travail, il a été classé par le magazine L’Usine Nouvelle parmi les 200 Français qui font « avancer l’intelligence artificielle en France et dans le monde ».
Il est l’auteur de nombreux articles scientifiques et rapports de recherche parmi lesquels :
- La simplicité artificielle : une promesse confuse (Revue Constructif n° 72, 2025)
- Intelligence artificielle et travail social, une ressource au service des professionnels ? (Revue Vie Sociale n° 25, 2025, avec Anne-Sophie Maillot, Stéphanie Hemairia Clerc et Laurence Mari)
- Robbie, Gloria et les travailleurs sociaux : le temps de la dispute (Revue Pensée plurielle n° 61, 2025)
- Explicabilité et conditions d’appropriation de l’intelligence artificielle : une ressource au service du management ? (Revue Question(s) de management n° 49, 2024, avec David Rodriguez, Didier Chabanet et Damien Richard)
- Ce que la machine parlante veut dire. De la révolution technologique à la reproduction sociale (Revue Nouvelle revue de psychosociologie n° 36, 2023, avec Stéphanie Messal et Nicolas Blanc)
- L'intelligence artificielle dans toutes ses dimensions (L’Harmattan, 2020, sous la direction de Boris Barraud)
- Les mutations du travail (La Découverte, 2019, sous la direction de François Dubet)
Au sujet du LaborIA :
Fondé en 2021 par le ministère chargé du Travail et Inria, le LaborIA s’intéresse à l’impact de l’intelligence artificielle dans le milieu professionnel.
Ce laboratoire de recherche-action étudie l’IA et ses effets sur le monde du travail, l’emploi, les compétences et le dialogue social.
Cette structure est là pour éclairer le débat public, participer au déploiement d’une IA responsable, sensibiliser le grand public et les acteurs concernés par l’avenir du travail.