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mardi 05 juin 2012 à 18H00

Parier sur la compétence des "incompétents"

Entreprendre avec le microcrédit

Dans le domaine : Emploi & Transitions
Catherine Barbaroux
Présidente de l'Adie (Association pour le droit à l’initiative économique)

Comment inventer avec les créateurs (-trices) d’entreprise les activités de demain ?

Réponse ordinaire en France : en se concentrant sur les diplômés à Bac + 5 minimum. Formés dans les meilleures universités et grandes écoles, disposant des accès aux capitaux culturels, relationnels et monétaires (le crédit) qui permettent d’entreprendre.

Les promoteurs du micro-crédit en France, dont au premier chef l’ADIE, sur les traces des intuitions et des réalisations décapantes de Muhammad Yunus (Prix Nobel de la paix), pensent et agissent tout autrement. Que les « incompétents » peuvent créer activité, entreprises et emplois, voire en apprendre aux « compétents » sur le comment agir.

Au Bangladesh, en France et ailleurs, ils s’intéressent à celles et ceux déclarés « incompétents ». N’ayant pas les bons diplômes, pas insérés dans les « bons » réseaux, n’ayant pas d’argent pour démarrer, n’étant pas reçus par les banques, n’ayant pas d’accès à un conseil et un appui de qualité.
Mais qui ont plein d’idées, parfois très neuves, une envie très forte d’entreprendre et d’agir, un projet.

Avec l’appui au local d’une association de micro-crédit comme l’ADIE, les réputés « incompétents » peuvent entreprendre, créer leur activité, un emploi (le leur), souvent plusieurs.

Ce qui est un peu « dérangeant » ? C’est que le taux de pérennité des entreprises créées avec l’aide du micro-crédit est de 68 % (sur 2 ans). Soit… un peu supérieur au taux de pérennité des entreprises crées « normalement », par des entrepreneurs bien pourvus (diplômes, etc.), avec l’aide des banques.

L’expérience de l’ADIE, fondée par Marie Nowak, présidée aujourd’hui par Catherine Barbaroux [1] est troublante. Elle peut même interroger sur ce qu’il serait utile de faire dans les organisations et les entreprises en directions de ceux réputés « incompétents ». Notamment si l’on oublie pas que la compétence peut être définie très simplement comme la disposition à agir de manière pertinente dans une situation donnée [2].

Manière de la définir qui permet de comprendre que le point de vue sur qui est incompétent (ou non) peut changer. Notamment en fonction du contexte, de la situation, du travail à engager.

L’expérience de l’ADIE, que va nous relater Catherine Barbaroux est juste passionnante. Comme elle parle sans langue de bois, elle ne taira pas non plus les échecs, les difficultés, les limites.

Jean Besançon,
Directeur de l’Université ouverte des compétences

 

[1] Catherine Barbaroux est aujourd’hui Présidente de l’ADIE, après avoir été notamment Directrice Générale des Services du Conseil Régional Ile-de-France, Déléguée générale à l’emploi et à la formation professionnelle au Ministère du Travail (de 1999 à 2005), Directrice d’Entreprise et Personnel, DRH du groupe Printemps Redoute, etc.

[2] Définition empruntée dans l’esprit à Philippe Zarifian. Pour plus de précisions, se rapporter - par exemple - à la Vidéo séquencée n°26 de l’UODC : Philippe Zarifian, La notion de compétence : une intervention synthèse